Bibliographie

Les enfants de Moissac

Moissac, Tarn-et-Garonne. Sur le quai du Port, face au pont Napoléon, s’élève une grande bâtisse aux épais volets de bois. Aujourd’hui, quel promeneur sait que des enfants juifs près de cinq cents, y furent accueillis pendant la guerre ? Qui se souvient que tous furent sauvés, que tous échappèrent à la déportation ? En 1941, Moyshe, Henri, Sarah et les autres avaient deux, dix ou dix-huit ans ; ils étaient français, polonais, allemands. Certains venaient d’être arrachés à des camps d’internement du sud de la France, d’autres avaient été envoyés là par leur famille en détresse. Beaucoup ne parlaient pas le français. Ils avaient tout perdu, ou presque ? Et, sur leur chemin, il y eut la Maison de Moissac. Un refuge ouvert par les Eclaireurs Israélites de France en décembre 1939, et dirigé par un couple hors du commun, Shatta et Bouli Simon, assistés de chefs scouts qui n’avaient pas vingt ans. Pendant quatre ans, alors que l’antisémitisme devient politique d’Etat, alors que la terreur nazie étend son empire, un mot d’ordre soude cette communauté : vivre ! Pour les enfants brisés qui arrivent là, cela veut dire étudier, jouer, chanter, danser, célébrer les fêtes juives et le Shabbat. Vivre et rester juif, coûte que coûte.

Il existe une version hébraïque de ce livre qu’on eut trouver en suivant ce lien

par Catherine Lewertowski, préface Boris Cyrulnik
collection : Champs Histoire
édition : Flammarion

Résistances juives

Une jeune fille de 18 ans peut-elle devenir une icône de la résistance ? La question s’est posée lors de la rencontre de Moissac, en mai 2016, dont la présente publication est le prolongement. Les participants ont réfléchi ensemble aux formes de résistance qui, en des lieux emblématiques de la métropole française, ont réussi à soustraire des adultes et enfants juifs à l’anéantissement entre 1940 et 1944.

Dans les trois lieux d’étude retenus (La Chambon-Sur-Lignon, Dieulefit et Moissac), peut-on avancer l’idée que la résistance armée joue un rôle dans le sauvetage ? A partir de situations concrètes et de témoignages précis, comment évaluer la place des personnalités et organisations juives dans le sauvetage des juifs ?

Cet ouvrage où se rencontrent études, témoignages, échanges, est le fruit d’un partenariat entre l’association Moissac ville de Justes oubliée et Réseau Mémorha.

Présentation publique à Moissac le 30 juin 2018.

Ouvrage collectif coordonné par Bernard Delpal et Philippe Hanus
Co-réalisation Réseau Mémorha – Moissac ville de Justes oubliée
Editions Libel
275 pages
25€

Disponible auprès de l’association

Moissac 1939 – 1945 – Résistants, Justes et Juifs

La maison des enfants juifs échappera aux rafles, chaque fois ses occupants seront partis camper plus loin, Shatta et Bouli Simon qui la dirigent sont toujours bien informés. Le frère de Shatta, Sigismond Hirsch, médecin apprécié, dispose d’un réseau parmi ses patients qui sera très précieux lorsqu’il faudra cacher les petits pensionnaires à travers toute la région. Avec la complicité du maire, plusieurs employés de la mairie fabriqueront de faux papiers et permettront le ravitaillement. Les gendarmes et les policiers seront parfois les informateurs de Shatta et Bouli, et souvent ils sauront fermer les yeux pour ne pas appliquer les consignes du gouvernement de Pierre Laval.

Ce que François Boulet nous dit c’est que les Moissagais ont été des héros par passivité ou par tranquillité à l’instar de leurs maires, l’un, radical qui pourtant vota les pleins pouvoirs à Pétain, mais sut convaincre ses concitoyens de leur devoir moral d’accueillir les réfugiés, l’autre, notable de droite nommé par Vichy, qui usa de son statut de médecin pour protéger des enfants échoués là malgré lui. Le comité départemental de la Libération s’opposa au rétablissement de Roger Delthil dans l’exercice ses mandats. Il fut réélu sénateur et maire aux premières élections d’après guerre. La parenthèse se refermait comme si rien ne s’était passé.

Avec ce livre, François Boulet apporte une nouvelle brique indispensable à la compréhension de Moissac, ville de Justes malgré elle. Il ouvre aussi de nouveaux champs de recherche sur un thème cher à Serge et Beate Klarsfeld, la normalité des héros. Ce livre a été édité avec l’aide de l’association “Moissac ville de Justes oubliée“. Il faut saluer Jean-Claude et Denise Simon, animateurs de cette association qui œuvre à la recherche d’un éclairage historique sur la maison des enfants juifs. Ils pourraient se contenter de la création d’une “légende dorée“ des Justes de Moissac, ils préfèrent valoriser ces justes ordinaires devenus héros parce que tellement humains.

Par François Boulet
Editions Ampelos

J’avais oublié

Nicolas Ribowski, ancien de la maison des enfants juifs de Moissac, a réalisé ce documentaire.

Injam Production

Le secret d’Edith – Petite fille cachée

Dans une Europe nazie en proie à la barbarie, une petite fille juive vit avec sa famille dans la peur. Après un périple douloureux, Édith Schwalb est accueillie chez Shatta et Simon qui ont ouvert une école à Moissac, un petit village dans le centre de la France. Là, ils cachent de nombreux enfants juifs en danger. Le courage des habitants et l’amitié des autres enfants aident la jeune Édith à traverser la plus grande épreuve de sa vie.

VOICI SON HISTOIRE.

Kathy Kacer

Auteure canadienne, elle a écrit de nombreux livres pour la jeunesse traitant de la Shoah et de la guerre. Elle intervient également dans les écoles pour sensibiliser les enfants à ce sujet.

Par Kathy Kacer
Edition : Flammarion

 

Le combat des Justes – Six récits de résistance

Après les témoignages des enfants juifs cachés, l’histoire de ceux qui les ont sauvés. Six « Justes parmi les nations », des héros bien connus des historiens mais trop peu du grand public. L’abbé Glasberg, les habitants du Chambon sur Lignon ou de Moissac, le consul du Portugal… Autant d’hommes et de femmes dont le récit authentique et touchant exprime l’humanité qui subsiste dans les événements les plus tragiques.

édition : Delcourt
L’enfant et la Shoah Yad Layaled France

Journal d’un résistant juif dans le sud-ouest

Roger Fichtenberg est né en 1921 dans le XIe arrondissement au sein d’une famille parisienne depuis plusieurs générations. En juin 1940, devant l’avancée des troupes allemandes, les Fichtenberg se réfugient à Lapalisse, à 25 km au nord-est de Vichy (Allier).
Roger entre aux Éclaireurs israélites de France (EIF) en mai 1941. Suite aux rafles de Juifs dans la zone dite « libre » (août 1942), il fonde avec d’autres la branche clandestine du mouvement, la « Sixième » : son totem, « Jaguar », sera son nom de guerre. À partir de Moissac (Tarn et Garonne), quartier général des EIF, l’organisation clandestine met en oeuvre le sauvetage de milliers d’enfants juifs. Réalisation de faux papiers, recherche de planques, convoyage et passages des frontières suisse et espagnole, diffusion de tracts clandestins… Roger brave les dangers en sillonnant la zone Sud. Intégré à l’état-major des FFI du Lot et Garonne, il participe à la libération d’Agen où il occupe la préfecture (19 août 1944), et contribue au rétablissement des institutions républicaines.
À partir de ses notes des années de guerre, Roger Fichtenberg nous fait partager le cheminement exemplaire d’un jeune homme juif dans la Résistance.

par Roger Fichtenberg, préface Serge Klarsfeld
collection : Témoignages de la Shoah
édition : Le Manuscrit

Réveille-toi papa, c’est fini

Médecin radiologue, originaire de Roumanie, Sigismond Hirsch fut un grand résistant, particulièrement actif dans les réseaux des organisations juives du Sud-Ouest de la France au sein desquelles il a pu sauver 400 jeunes Juifs. Déporté à Auschwitz, il est affecté au service de Josef Mengele.

À son retour de déportation, consulté par le général de Gaulle et Pierre Laroque, le premier directeur général de la Sécurité sociale, il prend une part considérable dans l’instauration d’un système social de soins médicaux et fonde le COSEM (Coordination des œuvres sociales et médicales) qui, grâce à des dispensaires et des centres de soins, offrit au plus grand nombre une médecine conventionnée de qualité.

Son fils, Jean-Raphaël, agent de liaison dès l’âge de neuf ans, a suivi les traces de son père en devenant chirurgien. En entrecroisant les souvenirs qu’il a conservés de sa mère, Berthe, résistante assassinée à Auschwitz, et le témoignage de son père, Jean-Raphaël Hirsch nous plonge dans une des pires périodes de notre histoire ; à travers son récit, la psychologie de l’enfant caché et le traumatisme qui perdure à l’âge adulte sont évoqués avec talent. Mais c’est aussi une leçon de vie et d’espoir qui nous est donnée à lire, et à méditer : survivre et construire après Auschwitz.

« Je me suis longtemps demandé comment un enfant pouvait être condamné à mort pendant plusieurs années, traverser la guerre en participant à la résistance, perdre une grande partie de sa famille et se remettre à vivre tant bien que mal, jusqu’au moment où Jean-Raphaël Hirsch, devenu chirurgien, a refait une famille, sans transmettre l’horreur de la Shoah. J’ai connu le même chemin, nous sommes frères d’âmes, mais je ne suis pas un aussi bon exemple de résilience que lui. Avec Jean-Raphaël Hirsch, on respire l’amitié et la joie de vivre. Le bonheur est contagieux. Alors profitons-en. »

Boris Cyrulnik

par Jean-Raphaël Hirsch, préface Boris Cyrulnik
édition : Albin Michel
Prix de la Wiso, Prix des Assurances

Que sont mes amis devenus ?

Sous un titre à la Leo Ferré (référence à complainte de Rutebeuf) la journaliste et chanteuse engagée, Brigitte Stora, part de notre sidération présente face aux attentats du 7 janvier et du 13 novembre 2015 pour livrer une réflexion aussi libre que profonde sur l’emballement anti-israélien et même antisémite d’une certaine gauche.
Profondément marquée par l’attentat de Charlie Hebdo mais aussi celui de l’hyper cacher, Brigitte Stora remonte dans la chronologie pour souligner les étapes d’un long divorce entre attention à l’antisémitisme et gauche française.
Pour cette ancienne militante trotskiste, engagée pour le Nicaragua et très attentive à la question de l’idéal et de l’égalité, la fin des années 1990 en France voit arriver subrepticement un nouveau phénomène : une gauche élevée dans le sens de ce que la Shoah pouvait signifier pour la conscience européenne se met soudain à oublier ce problème, d’autant plus facilement que juifs et israéliens sont mélangés dans l’idée néo-humaniste et pleine de bonne conscience que les israéliens occupent illégitimement des territoires où ils maintiennent des palestiniens sous un joug intolérable : « Depuis des années nous assistons à une lente criminalisation des Juifs par certains et au désarmement méthodique de ceux qui seraient tentés de s’y opposer », constate Brigitte Stora (p.15).
Elle qui se montre à plusieurs reprises très critique à l’égard de la politique des gouvernements israéliens depuis l’assassinat de Itzhak Rabin, tine néanmoins à l’existence du pays et ne comprend pas pourquoi au nom de la cause palestinienne, l’antisémitisme passé et présent pourrait être passé sous silence. Elle s’insurge contre cette tendance : « Quel bonheur que de pouvoir faire endosser aux parias éternels de l’Europe, les crimes de la colonisation, voire de l’esclavage, et par cette incroyable imposture se laver une fois pour toute de la Shoah » (p. 43). Et passe en revue les grands évènements (Ilan Halimi, Mohamed Merah) et les grandes saillies intellectuelles (le Indignez-vous de Stephan Hessel qui estime que l’occupation allemande était moins pire que l’occupation israélienne, le Circonstances de Badiou qui estime que le nom de juif devrait disparaître …) qui ont balisé le terrain pour que « La shoah (soit) gommé (e) » et que « le négationnisme aux couleurs de l’humanisme triomphe » (p. 152).
Face à cette tendance humaniste et de gauche à faire de l’antisémitisme, « l’anti-impérialisme des imbéciles », selon l’expression de Daniel Bensaïd.
Bensaïd l’antisémitisme devient, Brigitte Stora met en scène ses derniers vrais amis. Qui sont souvent d’une autre génération, celles celle qui n’a pas eu les illusions de la sienne. Elle parle ainsi des anciens enfants et justes gravitant autour de la maison de Moissac et dédie son livre aussi bien à la survivante et réalisatrice Marceline Loridan qu’à ses enfants. Un livre fort et courageux qui est aussi un plaidoyer pour continuer à penser l’antisémitisme avec l’existence d’Israël et en parallèle mais sans amalgames aux autres racismes.

par Brigitte Stora
collection : Judaïsme
édition : Le Bord de l’eau

Heureux comme dieu en France

C’est donc sous un angle original, l’histoire de la France occupée et l’histoire vécue de trois familles que Gérard Israël reconstitue avec la vigueur évocatrice du journaliste et la précision de l’historien.

par Gérard Israël
collection : vécu
édition : Robert Laffond