Shatta et Bouli Simon

Shatta et Bouli Simon

Les Éclaireurs Israélites de France (EIF), mouvement intégré au scoutisme international, possédaient à Moissac une grande maison au lieu-dit Charry qui accueillait chaque été des enfants juifs venus en majorité de Paris et sa banlieue. Centre de vacances en forme de kibboutz, ce lieu avait vocation de loisir et d'éducation. Quand à l'automne 1939 la guerre est déclarée, deux cadres des EIF pressentent que les pires jours de la diaspora juive vont survenir, ils s'installent à Charry en décembre et préparent les vacances 1940 avec l'idée que les enfants resteront à Moissac après la fin de l'été.

Ils s'appellent Sarolta Hirsch et Edouard Simon. Ils ont à peine trente ans, ils sont mariés depuis quelques années et amènent avec eux un petit garçon qui n'a que trois ans. Proches de Robert Gamzon, fondateur des EIF, ils jouent un rôle de premier plan dans l'organisation et seront très impliqués dans les réseaux de résistance juive qui ont permis le sauvetage de milliers d'enfants, cachés sous de fausses identités ou exfiltrés en Suisse. Pour tout le monde ils sont Shatta et Bouli.

Ils ont créé la Maison de Moissac, dans laquelle quelques 500 enfants se sont succédé entre 1940 et 1943, puis après la Libération, de 1944 à 1951. L'audace et le charisme de Shatta, la rigueur et l'organisation de Bouli imposeront aux moissagais la présence de ces enfants. Personne ne les dénoncera, personne ne les rejettera. La complicité silencieuse de Moissac, l'engagement de quelques personnes, dont les noms sont aujourd'hui gravés dans la pierre de Yad Vashem, la présence inébranlable de Shatta et Bouli feront qu'aucun des enfants ne sera déporté. Tous survivront. Tous auront eu une enfance presque normale dans une famille qui comptait plusieurs dizaines d'enfants à la fois.

Cette histoire est restée sous silence pendant de longues années après 1951. Shatta estimait que sauver des enfants est un geste normal et qu'il n'y avait pas lieu de s'en glorifier ou d'en être honoré. Elle et Bouli ont pourtant aujourd'hui leur portrait en grand sur un mur du Mémorial de la Shoah à Paris et le B'nai B'rith World Center les a cités « Sauveteurs des Juifs ».

Après Moissac, ils ont dirigé une fondation qui accueille toujours des enfants en difficultés au château de Laversine à Saint-Maximin dans l'Oise. Affiliée à l'OSE (Œuvre de Secours aux Enfants), cette maison porte leurs noms. Ils se reposent désormais au cimetière du Mont des Oliviers à Jérusalem.

Moissac ville de Justes oubliée

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